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LA GRANDE ILLUSION
Le dernier voyage du pape en Terre Sainte a été l’occasion
pour le Souverain Pontife de déplorer les tensions et les guerres à
répétitions qui affectent ces régions depuis des décennies.
Pour y remédier, lors de sa rencontre avec les chefs religieux de Galilée,
le 14 mai dernier, à Nazareth, Benoît XVI lancera
cet appel : « que les chrétiens s’unissent volontiers
aux juifs, aux musulmans, aux druzes et aux membres des autres religions dans
le désir de protéger les enfants contre le fanatisme et la violence,
tout en les préparant à être les bâtisseurs d’un
monde meilleur ». Quelques jours plus tôt, il n’hésitera
pas à remettre en cause la doctrine traditionnelle de la tolérance
face aux fausses religions pour appeler au dialogue religieux et aux actions
communes les catholiques, les juifs et les musulmans : « Certains
voudraient nous faire croire que nos différences sont nécessairement
une cause de division et donc, ne doivent être au plus que tolérées.
Quelques autres affirment même que nous devrions être réduits
au silence. Mais nous savons que nos différences ne doivent jamais être
dénaturées au point d’être considérées
comme une cause inévitable de friction ou de tension soit entre nous,
soit avec la société dans son ensemble. »
« Au contraire, elles fournissent une merveilleuse opportunité
pour les personnes des différentes religions de vivre ensemble dans un
profond respect, dans l’estime et la considération, s’encourageant
les unes les autres sur les chemins de Dieu. Avec l’aide du Tout-Puissant
et éclairés par sa vérité, puissiez-vous continuer
d’avancer avec courage, en respectant tout ce qui nous rend différents
et en promouvant tout ce qui nous unit comme créatures bénies
par le désir d’apporter l’espérance à nos communautés
et au monde ! Que Dieu nous guide tout le long de ce chemin ! » (1)
Pendant toute la durée de son voyage, pas une seule fois, le pape n’a
invité les non catholiques de la région à la conversion.
Pas une fois le Saint père n’a fait prier pour la conversion des
juifs et des musulmans. Que penser d’une telle attitude et de telles affirmations
? Peut-on vraiment penser que Benoît XVI contribue ainsi à poser
les bases d’une paix future ? La réponse se trouve très
clairement exprimée par Pie XI dans son encyclique Mortalium
animos (2): « on
voit certaines personnes nourrir l’espoir qu’il serait possible
d’amener sans difficulté les peuples, malgré leurs divergences
religieuses, à une entente fraternelle sur la profession de certaines
doctrines considérées comme un fondement commun de vie spirituelle.
C’est pourquoi, (…) ils invitent tous les hommes indistinctement,
les infidèles de tout genre comme les fidèles du Christ, et même
ceux qui, par malheur, se sont séparés du Christ ou qui, avec
âpreté et obstination, nient la divinité de sa nature et
de sa mission.
De telles entreprises ne peuvent, en aucune manière, être approuvées
par les catholiques, puisqu’elles s’appuient sur la théorie
erronée que les religions sont toutes plus ou moins bonnes et louables,
en ce sens que toutes également, bien que de manières différentes,
manifestent et signifient le sentiment naturel et inné qui nous pousse
à reconnaître avec respect cette puissance. En vérité,
les partisans de cette théorie s’égarent en pleine erreur,
mais de plus, en pervertissant la notion de la vraie religion ils la répudient,
et ils versent par étape dans le naturalisme et l’athéisme.
La conclusion est claire : se solidariser des partisans et des propagateurs
de pareilles doctrines, c’est s’éloigner complètement
de la religion divinement révélée. »
Ni la paix civile, ni la paix sociale ne pourront exister hors de Notre Seigneur
Jésus-Christ. Vouloir réaliser cette paix sans Celui «
qui est la pierre d’angle (3)
» est illusoire, c’est aller à l’échec certain,
c’est tromper ceux qui écoutent de tels discours et mettre en péril
leur salut éternel.
Seule l’Eglise catholique, fondée par le Christ, peut soigner la
nature humaine blessée par le péché originel. Elle seule
perpétue l’action du Verbe Incarné sur la terre par sa prière,
sa prédication et les sacrements qu’elle dispense. Sans ces moyens
ordinaires qui communiquent la grâce divine, l’homme demeure esclave
de ses passions, de l’emprise du démon et des attraits trompeur
du monde. Cette doctrine a été enseignée par tous les papes
jusqu’au dernier concile exclusivement. Il a fallu attendre le décret
sur l’œcuménisme Unitatis Redintegratio pour apprendre
que « l’Esprit du Christ ne refuse pas de se servir d’autres
Eglises, comme moyens de salut (4)
» et, peu après, dans la déclaration Nostra aetate,
que l’Eglise « ne rejette rien de ce qui est vrai et saint (dans
les religions non chrétiennes) (5)
». De tels textes sont totalement en rupture avec ce qu’enseigne
la Tradition catholique. Cette grande tromperie est une des causes de la ruine
de la paix sociale et civile que l’on constate un peu partout de par le
monde.
Le Pape Pie XII proclama alors que la seconde guerre mondiale
venait tout juste d’éclater que : « la reconnaissance
des droits royaux du Christ et le retour des individus et de la société
à la loi de vérité et de son amour sont la seule voie du
salut (6) ». Aucune
restauration sociale et politique ne pourra se faire sans l’Eglise catholique
qui, elle seule, peut réorienter les hommes et les sociétés
vers Dieu. Le grand cardinal Pie, qui inspira tellement saint
Pie X, rappellera cette vérité essentielle et totalement
oubliée aujourd’hui : « Nous subirons malgré nous
les conséquences des fautes de nos pères, tant que nous n’aurons
pas rebâti, au sein de la société, le temple renversé.
Rien ne sera fait, tant que Dieu ne sera pas replacé au-dessus de toutes
les choses humaines, tant que son droit ne sera pas solennellement reconnu,
et respecté d’une façon sérieuse et pratique.
(…) Un seul parti pourra sauver le monde, le parti de Dieu. Il n’y
a de salut que là : abjurer nos rêves d’indépendance
à l’égard de l’Être Souverain, et nous soumettre
à lui ; relever parmi les hommes le drapeau du prince de la milice céleste,
avec sa devise : « qui est comme Dieu ? » quis ut Deus?- La conciliation
? Eh oui, sans doute, mais nous avons plus et mieux à faire que de rapprocher
les hommes entre eux ; le grand rapprochement à opérer, c’est
de réconcilier la terre avec le ciel. Qu’on ne s’y méprenne
pas : la question qui s’agite, et qui agite le monde, n’est pas
de l’homme à l’homme mais de l’homme à Dieu
(7) ».
Comme nous souhaiterions entendre le pape et nos évêques retrouver
ces accents salvateurs ! Ce n’est pas la solidarité entre les hommes,
ni le respect des croyances de chacun, ni le rejet de l’intolérance
qui apportera la paix à nos sociétés agonisantes mais le
retour des personnes et des états au Christ. C’est ainsi qu’il
faut interpréter ces paroles de Saint Pierre après
la guérison d’un impotent : « par la foi en son nom,
(Jésus-Christ), à cet homme que vous voyez et connaissez,
ce nom a rendu la force, et c’est la foi en lui, qui devant vous tous,
l’a rétabli en pleine santé (8)
». Cet impotent, c’est notre monde malade et gémissant qui
refuse Jésus-Christ comme Sauveur et Roi.
Monseigneur Lefebvre se fera l’écho de cette doctrine
éternelle : « Il n’y a qu’un nom sur la terre pour
transformer les âmes, la civilisation, et même les corps, la société,
et l’économie. C’est le nom de Jésus-Christ. Il n’y
a pas à chercher ailleurs. On veut transformer la société
; on veut la rendre vivable, on veut la rendre sainte ; on veut la rendre même
économiquement saine, politiquement saine : le moyen, c’est Notre
Seigneur Jésus-Christ. Je suis reparti de l’Afrique avec cette
conviction qu’il n’y avait qu’un moyen de sauver les âmes
et en même temps de leur donner une civilisation chrétienne ici-bas,
de les faire participer un peu ici-bas au bonheur du Ciel par le bonheur que
donne la grâce : c’est le règne de Notre Seigneur Jésus-Christ
(9) ».
Saint Paul, ce héraut de la foi, qui conjura Saint Pierre
à abandonner les pratiques judaïques qui n’avaient plus de
sens dans la Nouvelle alliance, cet Apôtre des Gentils n’aura de
cesse d’appeler les juifs et les païens à la conversion et
mettra en garde Timothée contre un danger pressant «
un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine,
mais au contraire, au gré de leurs passions et l’oreille les démangeant,
ils se donneront des maîtres en quantités et détourneront
l’oreille de la vérité pour se tourner vers les fables
(10) » Ce temps est bel
et bien arrivé. Faire croire aux hommes qu’ils pourront trouver
la paix ici-bas et se sauver hors de Notre Seigneur Jésus-Christ, c’est
les inciter à vivre dans une terrible illusion dont l’enjeu est
gravissime : le salut éternel de millions d’âmes. Rester
silencieux face à ce drame, car c’en est un, serait gravement coupable.
Se résigner à admettre un tel discours serait être complice
de la damnation d’un grand nombre. C’est pourquoi la Fraternité
Saint Pie X ne peut s’y résoudre et fait sienne cet ordre de saint
Paul à Timothée : « Je t’adjure devant Dieu et
devant le Christ Jésus qui doit juger les vivants et les morts, au nom
de son apparition et de son Règne : proclame la parole, insiste à
temps et à contre temps, réfute, menace, exhorte avec une patience
inlassable et le souci d’instruire (11)
» Que Notre Seigneur nous en donne la force jusqu’à notre
dernier souffle !
Dieu vous bénisse !
Padre Christian Bouchacourt
Superior de Distrito América del Sur
Notes:
(1)
Discours du 11 mai 2009, Auditoire Notre Dame de Jérusalem
(2)
Pie XI, encyclique Mortalium animos du 6janvier 1928
(3)
Actes des Apôtre IV, 11
(4)
Concile Vatican II, Décret Unitatis Redintegratio, du 21 novembre 1963,
numéro 3.
(5)
Concile Vatican II, déclaration Nostra aetate du 28 octobre 1965, n°
2.
(6)
Pie XII, encyclique Summi Pontificatus, du 23 octobre 1939
(7)
Card. Pie, Lettre pastorale à l’occasion de la prise de possession
de son diocèse le 25 novembre 1849
(8)
Actes des Apôtres, III, 16
(9)
Mgr Lefebvre. Homélie donnée à Zaitzkofen le 15 février
1987.
(10)
II Tim IV, 3-4
(11)
II Tim IV, 1-2