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EDITORIAL DEL NÚMERO 125/126

 
 

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ELLE EST DIVINE

Lorsque Saint Joseph et la Très Sainte Vierge Marie frappèrent aux portes des auberges de Bethléem pour y demander l’hospitalité, leur apparence ordinaire ne laissait rien présager de la grandeur de l’évènement qui se préparait. Les bergers ne pensaient pas non plus trouver le Roi des rois dans une telle pauvreté lorsqu’ils arrivèrent à la grotte pour adorer l’Enfant Jésus. Les Rois Mages, sûrement, firent le même constat.

A Bethléem, la divinité du Christ se fit très discrète. Et pourtant, tant les bergers que les Rois Mages n’hésitèrent pas à adorer l’Enfant couché dans la crèche. Fidèles à la grâce divine qu’ils avaient reçue, ils furent les premiers à reconnaître le Rédempteur du monde.

Pour les encourager à croire, Dieu voulu cependant que le voile de la divinité du Christ se levât un peu. Ce furent en effet les anges qui avertirent les bergers de l’heureux évènement et une étoile miraculeuse conduisit les Mages venus d’Orient au pied du Dieu incarné.

Nous savons que, durant sa vie publique, la divinité du Christ se manifesta visiblement à plusieurs reprises par des miracles. Notre Seigneur Jésus-Christ voulut ainsi aider ses apôtres et ses disciples à croire. Mais souvent, pour éprouver leur foi, la divinité du Christ se fit bien discrète. Durant la Passion surtout, celle-ci demeura totalement cachée, sauf à l’instant où Notre Seigneur Jésus-Christ expira sur la croix.

Alors “La terre trembla, le voile du temple se déchira en deux (…) de nombreux saints ressuscitèrent (…) quant au centurion et aux soldats qui l’accompagnaient à la vue de ces séismes ils furent saisis d’une grande frayeur et dirent : « vraiment celui-ci était fils de Dieu» ”.(1) Peu crurent cependant, et la Vierge Marie et Saint Jean se trouvèrent bien seuls au pied de la croix … Mais la divinité du Christ triompha de manière éclatante à la résurrection.

Avant de retourner à son Père le Christ ne voulut pas nous abandonner, et confia à son Eglise ses propres pouvoirs afin qu’elle continua sa mission d’enseigner, de gouverner et de sanctifier les âmes qui lui seront confiées. Certes, cette Eglise est composée d’hommes faillibles, mais nous ne devons jamais oublier qu’elle est aussi divine par son origine, et par les moyens que Notre Seigneur, son Fondateur, lui a confiés pour sauver les hommes et les conduire au Ciel.

De même que Notre Seigneur laissa sa divinité briller de temps à autre pour conforter la foi de ses apôtres et de ses disciples, de même, au cours des temps, Il permettra que la divinité de son Eglise se manifeste, parfois de manière discrète mais toujours efficace au moment les plus tragiques pour le réconfort des bons, la confusion des méchants et par fidélité aux promesses faites avant son Ascension : « je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin des temps »,(2) « les forces de l’enfer ne prévaudront pas ».(3)

Ainsi, quand parfois tout semblait perdu, l’Eglise fut-elle sauvé grâce à un saint homme providentiel que Dieu suscita. Tel un saint Dominique, un saint Ignace de Loyola, un saint Pie V ou un saint Pie X. Notre Seigneur Jésus-Christ agit ainsi depuis plus de deux mille ans et il en ira de même jusqu’à la fin des temps. C’est de foi.

Et cependant, aujourd’hui, il en est certains qui, souffrant à juste titre de la crise qui semble s’éterniser depuis plus de 40 ans, donne la double impression de désespérer de l’Eglise fondée par Jésus-Christ et d’oublier que si elle est constituée d’hommes faillibles, elle n’en demeure pas moins divine dans sa constitution. Alors on voit parfois un zèle bien amer s’installer chez eux parce que l’espérance les a quittés.

Il faut se le répéter, l’Eglise est divine, et Notre Seigneur Jésus-Christ ne peut être infidèle aux promesses qu’Il a faites. Il ne peut « ni se tromper ni nous tromper », récitons-nous dans l’acte de foi. Mais comment expliquer les silences de Dieu dans les moments d’épreuve ? Pourquoi n’envoie-t-il pas des signes pour indiquer où se trouve le chemin de la vérité

Ce chemin, nous le connaissons : il a été tracé par 2000 ans de tradition. En y étant fidèles comme l’ont été les saints qui nous ont précédé, nous sommes sûrs d’accomplir la volonté de Dieu et de sauver nos âmes. Le grand Bossuet, évêque de Meaux en France, explique magnifiquement les silences de Dieu par ces mots : « Lorsque Dieu veut qu’une oeuvre soit toute de sa main, il réduit tout à l’impuissance et au néant, puis il agit ». Il me semble que nous sommes dans cette situation aujourd’hui, car humainement parlant, nous ne voyons pas comment l’Eglise pourrait sortir de la crise qui l’accable de l’intérieur et de l’extérieur. Et pourtant nous sommes certains qu’elle ne pourra être submergée et disparaître.

Faut-il pour autant renoncer à toute action personnelle et à tout apostolat ? Vivre replié sur soi et attendre la fin des temps ? Le Révérend Père Calmel, dominicain (1914-1975) aumônier des dominicaines de Brignoles, répond par ces mots : “Trop de fidèles, de prêtres, d’évêques, voudraient que dans les jours de grands malheurs, lorsque l’épreuve vient à l’Eglise par son pape, les choses se remettent en ordre sans qu’ils aient rien à faire ou presque rien. Tout au plus acceptent-ils de murmurer quelques oraisons. Ils hésitent même devant le rosaire quotidien : cinq dizaines chaque jours offertes à Notre-Dame (…) Ils ont très peu d’envie, en ce qui les regarde, de s’approfondir dans la fidélité à la tradition apostolique : dogmes, missel et rituel, vie intérieure (car le progrès de la vie intérieure fait évidemment partie de la tradition apostolique). Ayant à leur propre place consenti à la tiédeur, ils se scandalisent néanmoins de ce que le Pape, à sa place de pape, ne soit pas non plus très fervent quand il s’agit de garder pour l’Eglise entière la tradition apostolique, c'est-à-dire de remplir fidèlement la mission unique qui lui est confiée. Cette vue des choses n’est pas juste. Plus nous avons besoin d’un saint pape, plus nous devons commencer par mettre notre vie, avec la grâce de Dieu et en tenant la tradition, dans le sillage des saints. Alors le Seigneur Jésus finira par accorder au troupeau le berger visible dont il se sera efforcé de se rendre digne”.(4)

Comme les bergers et les Rois Mages, allons supplier l’Enfant Jésus, qu’Il transforme nos âmes et qu’il vienne au secours de son Eglise. Lui aussi, dans sa mangeoire, semble bien petit et impuissant, mais il est Dieu. Ecoutons-le nous dire : « Confiance petit troupeau, j’ai vaincu le monde ».(5) Alors gardons l’espérance chrétienne bien ancrée dans nos âmes au seuil de cette nouvelle année. Chacun à notre place supplions-le. C’est au moment où tout semble perdu qu’il nous manifeste son aide infaillible. Ce jour là personne ne pourra s’attribuer la victoire, car ce sera Sa victoire. Alors avec courage et foi, travaillons à notre sanctification pour hâter la restauration de la Tradition dans l’Eglise. C’est le voeux que je formule pour chacun d’entre nous. Les prêtres du District d’Amérique du Sud se joignent à moi pour vous souhaiter une bonne et sainte année.

Que L’Enfant Jésus et sa Sainte Mère vous gardent et vous protègent tout au long de l’année 2010.

Dieu vous bénisse !

Padre Christian Bouchacourt
Supérieur du District d’Amérique du Sud

Notes:

1. Saint Mathieu XXVII, 51-54.

2. Idem. XXVIII, 20.
3. Idem. XV, 18.
4. R.P. Calmel : Brève apologie pour l’Eglise de toujours, éditions Difralivre p. 115
5. Jean XVI, 33.